Amérique primitive de Mary Oliver : découverte d’un nouveau continent poétique

Stay together
learn the flowers
go light

Gary Snyder

Comment expliquer le nuage noir de « l’anomalie de traduction » qui, jusqu’ici, a intégralement éclipsé en France le succès et la renommée de Mary Oliver, morte en 2019, et aussi célèbre en son pays, les États-Unis, qu’un Robert Frost en son temps ?* Tant mieux, finalement, pour nous qui ne souhaitons jamais revenir de tout depuis qu’on a pris la route venteuse de la poésie : qu’il nous reste toujours de ces émerveillements en réserve, que la poétesse considérait chez elle comme un état aussi nécessaire que naturel. Grâce à la nouvelle collection des éditions Poesis, et le superbe combo Thierry Gillyboeuf / Cécile A. Holdban que j’avais découvert il y a quelques années traduisant déjà de quatre mains tannées les poèmes chamaniques d’Howard McCord, nous pouvons goûter au premier nectar de cette Mary Oliver, aussi proche d’une Dickinson que d’un Gary Snyder par sa concision d’une sainte simplicité et son animisme sourcier, avec Amérique primitive, Prix Pulitzer de poésie en 1983.  En ces terres attentivement scrutées d’un Ohio natal ou encore d’un Cape Cod chéri (comme Thoreau), où les leçons du grand maître zen Deshimaru semblent parfaitement couler de source (lui qui implorait ses disciples d’être « attentifs comme si un feu brûlait dans vos cheveux ») prunes, renards, couleuvres agiles, baleines à bosses et bisons mais aussi une biche « la plus belle femme que j’aie jamais vue » gambadant avec « son enfant », tout, tous trouvent en Mary un sanctuaire qui considère tout le vivant à la même hauteur dans le respect tant du minuscule et du commun, que de l’éblouissement constrictor provoqué par une acuité des sens toute dépouillée de postures littéraires.

Une candeur d’une élégance folle, une profondeur généreuse qui invite à sonder sans nous noyer, et puis cette farouche détermination à ne jamais s’élever au-dessus d’aucune création mais à encourager son envol : voilà qui promet, en espérant que le bal Oliver ne fasse ici que s’ouvrir et que de prochaines danses nous parviennent bientôt.

Extraits :

Mary Oliver, Amérique primitive [American Primitive, 1986], traduit de l’anglais (US) par Cécile A. Holdban & Thierry Gillyboeuf, Editions Poesis, 2026, 124 pages.

*Source : Le Monde

Paméla Ramos

Née en 1980 en France, ancienne libraire, je travaille dans l'édition et la communication. Mes chroniques ici postées sont le reflet de ma passion principale : lire. Elles découlent de choix parfaitement libres et ne sont jamais rémunérées. Lorsqu'un livre m'a été offert, je l'indique.

Poursuivre la route...