À propos des Œuvres en prose de Forough Farrokzhâd, introduites et traduites par Sébastien Jallaud, Les Belles Lettres, avril 2026
«La maison est noire», titrait le court-métrage sur une léproserie que réalisa la poétesse iranienne Forough Farrokhzâd peu de temps avant de mourir dans un accident de voiture à 32 ans en 1967.
La poétesse est noire, annonce ce recueil d’œuvres en prose rassemblant plusieurs nouvelles, des lettres à des intimes et des articles enflammés répondant à la réception scandaleuse que reçurent ses premiers poèmes sur le désir (qui lui valurent de perdre son mari aimé et la garde de son enfant de 5 ans qu’elle ne revit plus jamais — stridence d’un malheur « inassimilable» comme le dit Sébastien Jallaud dans sa frappante introduction, et qui ne la quittera jamais).
Noire, sa destinée, parsemée de pics et de broches, noire, sa prose enflammée tachée de suie, rançon d’une féroce liberté chèrement payée, et puis noir est ce recueil parfois difficile à lire sans se sentir déchiré en deux devant tant de douleur, de drames, de difficultés.
Sans détourner les yeux, cependant, et ne nous payant pas non plus d’un romantisme de salon qui ne transformerait aucunement notre vie, nous suivrons jusqu’à l’impact fatal les bonds de cet être hors du commun, née pour ne pas assimiler mais rendre, en coulée pyroclastique, ce qu’elle aura accumulé.
« La poésie est pour moi comme une amie à laquelle je peux aisément me confier dès que je suis avec elle. C’est mon autre moitié, elle me complète, elle me satisfait, sans me tourmenter.
Nombreux sont ceux qui compensent leurs manques dans la vie en cherchant refuge auprès des autres. Mais ces manques ne sont jamais comblés.
Si ces relations le permettaient, ne deviendraient-elles pas la plus formidable poésie du monde et de l’existence ? Une relation ne peut jamais être parfaite ni compléter les deux individus qui s’y trouvent engagés — tout particulièrement à notre époque —, ils sont nombreux malgré tout à chercher refuge dans la relation. Mieux vaut fabriquer quelque chose, puis se confondre avec ce qu’on a fabriqué, et alors on ne manque plus de rien.
La poésie est pour moi comme une fenêtre qui s’ouvre toute seule à chaque fois que je m’approche d’elle.»
Livre reçu en SP.





